La consanguinité dans les régions du Québec

Un individu est dit consanguin quand ses parents partagent un ou plusieurs ancêtres communs. On mesure la consanguinité par un coefficient que l’on nomme F et qui tient compte du nombre d’ancêtres communs et de leur distance en nombre de générations par rapport au sujet.

Exemple de consanguinité

Exemple de lien de consanguinité
Le sujet est consanguin car ses parents partagent
un couple d’ancêtres (en bleu) à la génération 3.
Pour une population, le coefficient moyen de consanguinité
est la moyenne des F de tous les individus qui appartiennent à cette population.

Mesure de la consanguinité au Québec

À partir de BALSAC, les généalogies de 25 757 couples mariés au Québec entre 1925 et 1948 ont été reconstruites. Cet échantillon représente 5 % de tous les mariages célébrés pendant cette période et la carte suivante montre leur répartition sur le territoire selon leur lieu de mariage.

 Répartition des couples

 

Répartition sur le territoire québécois des couples sélectionnés selon leur lieu de mariage
Par exemple, 4605 couples mariés entre 1925 et 1948 dans le regroupement régional
du Centre ont été tirés au hasard et comptent pour 13 % de l’échantillon.

On peut calculer le coefficient moyen de consanguinité des enfants issus de ces couples à chaque profondeur générationnelle c’est-à-dire en prenant en compte leurs ancêtres jusqu’à une génération donnée. Les résultats se trouvent sur le graphique suivant où la génération 1 correspond aux couples de l’échantillon, la génération 2 aux parents de ces couples, la génération 3 à leurs grands-parents et ainsi de suite. Les unions consanguines au premier degré (entre frère-sœur, père-fille, oncle-nièce, tante-neveu) sont interdites par les autorités religieuses et civiles et ne sont donc pas observées dans la population à l’étude. Par contre, on constate sur le graphique que 1 % des couples forment des unions qui correspondent à des mariages entre cousins germains (car les ancêtres communs sont à la génération 3). Avec le cumul des générations, le nombre de sujets consanguins augmente, mais, au-delà de 5 ou 6 générations, les conjoints ignorent généralement qu’ils ont des ancêtres communs. À la génération 12, 75 % des individus présentent une consanguinité non nulle.

proportion sujets consanguins

 

Proportion des sujets consanguins selon le nombre de générations considérées
Par exemple : À la génération 6, près de 14 % des sujets présentent une consanguinité non nulle
ce qui signifie que leurs parents ont au moins un ancêtre commun à la génération 6 ou avant.

Mesure de la consanguinité dans les ensembles régionaux du Québec

Le portrait global présenté ci-dessus masque des différences régionales qui sont observables lorsque les valeurs des coefficients moyens de consanguinité proche (à la génération 4 ou avant) et éloignée (à la génération 12 ou avant) sont calculées dans chacun des ensembles régionaux et sont présentées dans le graphique suivant.

À la génération 4, les coefficients moyens de consanguinité sont assez semblables pour l’ensemble des régions ce qui signifie que les facteurs sociaux et culturels qui guident le choix des conjoints au mariage sont à peu près les mêmes sur l’ensemble du territoire québécois.

Cependant, lorsque calculés à la génération 12, les coefficients moyens de consanguinité éloignée sont très différents d’un ensemble régional à l’autre. La région du Nord-Est se distingue par un coefficient moyen de consanguinité supérieur, suivie par celle de l’Est, puis par la région de Québec. Montréal se démarque par le coefficient moyen de consanguinité le plus faible.

consanguinité proche

Consanguinité proche (jusqu’à la génération 4)
et éloignée (jusqu’à la génération 12) dans les ensembles régionaux du Québec

Conclusion

À moins de reconstituer sa propre généalogie, il n’est pas facile pour un individu de connaitre son coefficient de consanguinité. Selon les données présentées dans cette capsule, on constate qu’en moyenne, si on tient compte de tous les ancêtres jusqu’à la douzième génération, chaque sujet dans notre étude a 3 chances sur 4 (probabilité de 75 %) d’avoir un ancêtre présent à la fois dans les branches paternelle et maternelle de sa généalogie. La variation des coefficients moyens de consanguinité observée entre les régions du Québec résulte principalement d’une consanguinité éloignée qui est due à des phénomènes liés à l’histoire du peuplement comme les migrations, la fécondité et l’enracinement plutôt qu’à des comportements matrimoniaux favorisant le choix du conjoint dans la parenté proche.

La mesure de la consanguinité est importante dans le domaine de la génétique, car les sujets consanguins peuvent avoir hérité de deux copies d’une mutation provenant d’un ancêtre commun l’une transmise par leur père et l’autre par leur mère. La consanguinité peut donc expliquer la fréquence accrue de certaines maladies héréditaires récessives.