L’importance des grands-mères

« L’hypothèse des grands-mères » cherche à expliquer les raisons pour lesquelles l’espérance de vie des femmes après la ménopause a toujours été relativement élevée dans les populations humaines.

 

 

Tiré de : Nature 2004 | Fitness benefits of prolonged post-reproductive lifespan in women.
Lahdenperä M, Lummaa V, Helle S, Tremblay M, Russell AF 

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Dans les populations humaines, contrairement à la plupart des espèces animales, les femmes peuvent survivre bien au-delà de leur période reproductive. D’un point de vue évolutif, cela est difficilement explicable car les femmes ne contribuent plus à l’espèce (sur le plan de la reproduction) après leur ménopause. Cette constatation a donné naissance à «l’hypothèse des grands-mères» (Grandmother Hypothesis) qui cherche à expliquer les raisons pour lesquelles l’espérance de vie des femmes après la ménopause a toujours été relativement élevée dans les populations humaines.

Cette hypothèse veut que l’effet de sélection favorisera une durée vie prolongée après la ménopause si les gains, en termes de descendance, deviennent plus élevés après la ménopause que durant les dernières années de la vie reproductive. En d’autres termes, la descendance effective des femmes serait accrue si ces femmes, rendues à un certain âge, cessent de se reproduire pour aider plutôt leurs propres enfants dans leur vie reproductive. Certaines études ont montré que la présence des grands-mères dans l’entourage familial pouvait avoir des effets bénéfiques, notamment en ce qui concerne la survie de leurs petits-enfants. Cependant jusqu’à récemment on savait peu de choses sur le lien entre la durée de vie post-ménopause et le nombre total de petits-enfants survivants. Or, une étude effectuée à partir de données historiques comparatives sur les populations du Saguenay-Lac-St-Jean (tirées du fichier BALSAC) et de la Finlande a montré l’existence de tels liens, appuyant ainsi l’hypothèse des grands-mères. En effet, dans les deux populations, les résultats ont montré que les grands-mères qui vivent plus longtemps ont un nombre plus élevé de petits-enfants. En moyenne, chaque tranche de dix années vécues après l’âge de 50 ans donne deux petits-enfants de plus à ces femmes. Aussi, les probabilités de survie des enfants sont plus élevées lorsque la grand-mère est présente. En termes de biologie évolutive, ces résultats font ressortir les avantages d’une vie prolongée des femmes après la ménopause, phénomène qui s’observe rarement chez les autres espèces. Même si ces femmes ne participent plus directement à la reproduction de l’espèce, leur présence auprès de leurs enfants a un effet positif sur leur reproduction.